Pour une Europe politique
Le 1er mars dernier, la Serbie a franchi un pas historique en obtenant le statut de candidate à l’Union européenne. Or, moins de trois mois plus tard, le 20 mai, ce fut le coup de tonnerre électoral: contre toute attente, Tomislav Nikolic, le rival du président démocrate et pro-européen sortant Boris Tadic, remportait les élections.
Nikolic, surnommé aussi «le fos- soyeur» pour avoir administré un cimetière de Kragujevac (ville du centre de la Serbie), a été un allié de Slobodan Milosevic, et le bras droit de l’ultranationaliste serbe Vojislav Seselj; ce dernier est jugé par le Tribunal pénal international de La Haye pour crimes contre l’humanité.
Même si le nouveau président serbe veut donner l’impression d’avoir changé, il s’est encore récemment montré fidèle à ses convictions idéologiques en niant le génocide de Srebrenica, en exprimant des prétentions territoriales sur la ville martyre croate de Vukovar, ou encore en prononçant une allocution provocante à l’égard de l’identité nationale des voisins monténégrins.
Même si des doutes persistent quant à ses véritables intentions politiques, en raison notamment de sa première visite à l’étranger, effectuée en Russie, et du scepticisme exprimé de Moscou sur le plan du chemin européen de la Serbie, Tomislav Nikolic sait pertinemment que les gros investissements en infrastructures promis par la Russie ne changeront pas fondamentalement la donne: il n’y a pas d’autre choix possible que l’UE.
Le message de Bruxelles – que les relations soient normalisées et que le dialogue reprenne avec le Kosovo avant toute poursuite du processus d’élargissement à la Serbie – semble avoir été entendu par le nouveau président. Tomislav Nikolic vient de se déclarer en faveur du dialogue avec le Kosovo et d’une solution de compromis, tout en restant fermement opposé à la déclaration d’indépendance.
Ce dernier exemple en date doit nous sensibiliser au fait que la solution à la crise européenne actuelle ne peut résider, comme le préconisent certains, dans une Europe à deux vitesses, c’est-à-dire divisée entre un club de riches et tous les autres, qu’ils soient déjà membres ou encore candidats. Ce qu’il faut à l’UE, c’est plus d’Europe politique, et peut-être aussi moins de complaisance à l’égard des leaders de pays candidats.
Ne l’oublions pas, si l’unité politique de l’ex-Yougoslavie a éclaté à cause de la montée en puissance des nationalismes exacerbés, cet éclatement est aussi et surtout le résultat d’une fédé- ration à deux vitesses: les républiques riches du nord ne voulaient plus porter le fardeau des entités fédérales du sud. La suite, avec son lot de calamités, nous la connaissons tous.
Cette expérience justifie aussi pleinement l’intégration politique approfondie qu’a préconisée dernièrement la chancelière Angela Merkel.
("24 Heures", Samedi-Dimanche 16-17 juin 2012)
Météo
Berne
- 8 °C
jeu, 23/05/2013 - 01:20
Pristina
- 15 °C
jeu, 23/05/2013 - 01:30
Zürich
- 7 °C
jeu, 23/05/2013 - 01:20
Skopje
- 17 °C
jeu, 23/05/2013 - 01:30