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Démoralisés, les Kosovars prennent la route de l’exil

Des centaines de jeunes ont fui leur pays la semaine dernière. Leur but: rejoindre illégalement l’Allemagne et la Suisse.

Ce virage politique a créé une véritable hémorragie parmi la jeunesse kosovare. En deux jours, ils ont été plusieurs centaines à se ruer sur les autocars se rendant à Belgrade. Leur espoir? Rejoindre un pays d’Europe de l’Ouest, notamment la Suisse et l’Allemagne via la Hongrie, membre de l’UE. Le Kosovo est le dernier pays du continent qui est encore soumis au régime des visas. C’est donc dans l’illégalité que beaucoup de ces migrants entendent franchir les frontières, afin de travailler au noir ou d’obtenir l’asile. Jeudi, les autorités ont tenté de bloquer ce mouvement en suspendant la ligne Pristina-Belgrade. Mais certains ont alors pris la route en taxi.

La détermination des candidats à l’exil est à la hauteur de leur désespoir. A l’heure de quitter leur pays, la plupart évoquent le manque de perspectives, notamment professionnelles. «Ce sont tous des voleurs ici, du premier au dernier», explique un homme de 25 ans, resté anonyme. Selon des chiffres récents, 61% des 15-25 ans sont actuellement sans travail.

Démoralisés par ce nouveau statu quo politique, la plupart des candidats à l’exile évoquent leur désespoir et le manque de perspectives pour trouver un travail. Tous sont persuadés que partout ailleurs la vie est bien meilleure qu’au Kosovo. La seule solution viable serait donc de quitter le pays.

« Ce sont tous des voleurs ici, du premier au dernier. Il y a deux ans, j’étais déjà allé à l’étranger. Actuellement je suis sans emploi. Qu’est-ce que je peux bien faire ici. J’étais en France et en Allemagne. Là-bas il n’y a rien non plus, mais c’est quand même mieux qu’ici. J’y ai séjourné pendant deux ans, et j’ai pu voir comment se passent les choses là-bas. Aujourd’hui, je suis là pour accompagner un ami qui veut quitter le pays. Il il n’est pas exclu que, dans les jours à venir, je reparte aussi « , explique un  jeune kosovar  de 25 ans, qui refuse de divulguer  son nom.

A la gare routière, ils sont nombreux comme lui, prêts à partir, même si certains d’entre eux ont été rapatriés.

Kushtrim Gashi, 30 ans, originaire de Fushë Kosove, au centre du pays, confie vouloir partir à la première occasion. « J’avais déjà quitté le pays auparavant. J’étais demandeur d’asile en Allemagne. J’y  suis resté pendant un an. Nous avions de quoi manger et ils nous donnaient même un peu d’argent de poche. Ce n’est pas facile. J’étais avec cinq autres compatriotes. Mon frère était en Allemagne et a aussi été, comme moi, renvoyé.  Si le gouvernement nous pousse à nous en aller, nous n’avons pas d’autres choix. Je suis venu pour voir ce qu’il se passe ici.  Si je peux, je partirai tout de suite, cette nuit même », affirme t’il désespérément.

A  la gare routière de Prishtina, tous confirment vouloir lever le camp à la moindre occasion. Beaucoup sont encore à la recherche de billets de bus pour Belgrade. Au guichet on apprend qu’en trois-quatre jours, tous les billets pour Belgrade ont déjà été vendus. Il est donc difficile d’en obtenir de nouveaux sésames qui coûtent 15 Euros, et pour contourner cet obstacle, certains partent vers Belgrade en groupe, en taxi. « Cela n’était jamais arrivé auparavant, à l’exception  de la dernière vague de départs en 2015 » affirme une dame du guichet.

L’histoire se répète
Sommes-nous face au même phénomène qu’avait connu le pays entre décembre 2014 et février 2015? La similitude est troublante. A l’époque, le Kosovo avait aussi vu arriver au pouvoir une coalition menée par d’anciens rebelles indépendantistes. Ce contexte politique avait entraîné un véritable exode: entre 70’000 et 100’000 personnes avaient quitté le pays en l’espace de trois mois.