{"id":339014,"date":"2019-12-20T10:20:08","date_gmt":"2019-12-20T09:20:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.albinfo.ch\/?p=339014"},"modified":"2020-01-23T18:52:33","modified_gmt":"2020-01-23T17:52:33","slug":"retour-sur-le-penible-parcours-du-jeune-amadou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/retour-sur-le-penible-parcours-du-jeune-amadou\/","title":{"rendered":"Retour sur le p\u00e9nible parcours du jeune Amadou"},"content":{"rendered":"<p>Toutes les personnes du domaine de l\u2019asile peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide au retour, quel que soit le stade de leur proc\u00e9dure. Les r\u00e9fugi\u00e9s reconnus et certains \u00e9trangers ont \u00e9galement acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide au retour s\u2019ils souhaitent retourner dans leur pays d\u2019origine. Sont toutefois exclus de l\u2019aide au retour les demandeurs d\u2019asile d\u00e9bout\u00e9s qui ont commis un abus manifeste pendant ou apr\u00e8s la proc\u00e9dure, ainsi que les personnes qui se sont rendues cou-pables d\u2019un d\u00e9lit en Suisse. Les ressortissants des \u00c9tats de l\u2019UE\/AELE et des pays exempt\u00e9s de l\u2019obli-gation de visa n\u2019ont pas droit \u00e0 l\u2019aide au retour.<\/p>\n<p><strong>Le portrait d&#8217;Amadou<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-338993\" src=\"https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains.png\" alt=\"\" width=\"584\" height=\"381\" srcset=\"https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains.png 984w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-300x196.png 300w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-768x502.png 768w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-87x56.png 87w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-587x384.png 587w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-153x100.png 153w, https:\/\/www.albinfo.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/deux-mains-265x173.png 265w\" sizes=\"auto, (max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Amadou a grandi avec ses parents, une s\u0153ur a\u00een\u00e9e et une s\u0153ur cadette, ainsi qu\u2019un plus jeune fr\u00e8re dans une ville du sud de la Guin\u00e9e, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec le Liberia. Le p\u00e8re d\u2019Amadou \u00e9tait tailleur et sa m\u00e8re tenait un petit commerce de v\u00eatements.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019Amadou atteignit l\u2019\u00e2ge de 12 ans, son p\u00e8re contracta une maladie \u00e0 l\u2019\u00e9volution progressive\u2009: il ne pouvait plus marcher sans aide, car il tombait r\u00e9guli\u00e8rement et ne pouvait se relever seul. Comme Amadou \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9 des gar\u00e7ons, son p\u00e8re le garda aupr\u00e8s de lui pour le soutenir. Amadou interrompit l\u2019\u00e9cole et s\u2019occupa d\u00e8s lors de son p\u00e8re \u2013 il n\u2019avait pas d\u2019autre choix.<\/p>\n<p>Alors que la maladie du p\u00e8re progressait, celui-ci dut se rendre dans la capitale de la Guin\u00e9e, \u00e0 Conakry, pour \u00eatre soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le fr\u00e8re cadet de son p\u00e8re vivait \u00e0 proximit\u00e9 et Amadou pouvait vivre chez son oncle pendant qu\u2019il s\u2019occupait de son p\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Mais tr\u00e8s vite, la famille n\u2019eut plus eu assez d\u2019argent pour payer le traitement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et les m\u00e9dicaments, et le p\u00e8re d\u00e9c\u00e9da.<\/p>\n<p>Or le fr\u00e8re cadet du p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 voulait qu\u2019Amadou reste avec lui et travaille pour compenser les frais occasionn\u00e9s pendant son s\u00e9jour. C\u2019est pourquoi Amadou dut effectuer des travaux dans les champs, ce qui ne lui plaisait gu\u00e8re. Il est d\u2019une constitution plut\u00f4t d\u00e9licate et manque de force\u2009; il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la hauteur du travail physiquement difficile dans les champs, auquel il n\u2019\u00e9tait pas habitu\u00e9. Amadou voulait retourner chez sa m\u00e8re, mais cela n\u2019allait pas, car depuis le d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re, la famille manquait d\u2019argent et toutes les r\u00e9serves financi\u00e8res avaient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour le traitement m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Amadou voulait travailler comme m\u00e9canicien dans un atelier pour motos et camions, et il avait m\u00eame trouv\u00e9 une place d\u2019apprentissage. Mais contrairement \u00e0 la Suisse, en Guin\u00e9e les apprentis ne touchent pas de salaire. L\u2019oncle for\u00e7a donc Amadou, employant pour cela la force physique, \u00e0 retourner aux travaux des champs.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un ami d\u2019Amadou, qu\u2019il connaissait de l\u2019atelier, se rendit au Mali pour y chercher des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es, Amadou qui avait d\u00e9sormais 12 ans, en profita pour fuir au Mali. Il \u00e9tait persuad\u00e9 qu\u2019il pourrait gagner l\u00e0 suffisamment d\u2019argent pour soutenir financi\u00e8rement sa m\u00e8re et sa fratrie, chez qui il ne pouvait pas retourner.<\/p>\n<p>\u00c0 Bamako, Amadou se d\u00e9brouilla en effectuant des petits travaux. Comme \u00ab\u2009porteur\u2009\u00bb, il trans-portait des charges pour d\u2019autres personnes\u2009: les valises de voyageurs, des achats faits au march\u00e9 ou ce qui se pr\u00e9sentait. Il dormait quelque part dans la rue, pr\u00e8s d\u2019un mur, l\u00e0 o\u00f9 il trouvait un peu de protection. Cela lui permit de survivre tant bien que mal. Il ne restait rien pour soutenir sa famille. Amadou entendit dire par des connaissances que la situation \u00e9tait meilleure en Alg\u00e9rie. On y trouverait un meilleur travail, on y gagnerait plus d\u2019argent et les gens seraient plus riches qu\u2019en Guin\u00e9e ou au Mali.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Amadou avait perdu la conviction que tout serait mieux dans le nord<\/strong><\/em><\/h2>\n<p>Alors qu\u2019il \u00e9tait en route pour l\u2019Alg\u00e9rie, il fut fait prisonnier par des rebelles dans le d\u00e9sert avec de nombreux autres compagnons. Les rebelles appel\u00e8rent sa m\u00e8re avec son t\u00e9l\u00e9phone portable, ils le battirent et le tortur\u00e8rent pendant l\u2019appel t\u00e9l\u00e9phonique pour que sa m\u00e8re entende ses cris et paie une ran\u00e7on. Il fut battu encore et encore pendant des semaines et suppliait sa m\u00e8re de payer pour le lib\u00e9rer de cet enfer. Mais sa m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas en mesure de payer et, quand ses bourreaux le comprirent finalement, les rebelles le vendirent en Libye, o\u00f9 il fut de nouveau emprisonn\u00e9. L\u00e0-bas, la m\u00eame \u00e9preuve se poursuivit\u2009: il appelait r\u00e9guli\u00e8rement sa m\u00e8re et son oncle pour mendier de l\u2019argent. Il ne recevait presque pas de nourriture\u2009; il tomba malade et s\u2019affaiblit progressivement. Son seul souhait \u00e9tait de retourner dans sa famille dans le sud de la Guin\u00e9e, mais cette route lui \u00e9tait barr\u00e9e.<\/p>\n<p>Finalement, \u00e0 l\u2019automne 2017, ses \u00ab\u2009propri\u00e9taires\u2009\u00bb libyens le forc\u00e8rent sous la menace des armes \u00e0 embarquer avec de nombreux autres compagnons d\u2019infortune dans un petit bateau pneumatique et \u00e0 prendre la mer. Ils d\u00e9riv\u00e8rent sur la M\u00e9diterran\u00e9e dans leur embarcation de fortune. Ils eurent la chance d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s par un grand bateau italien qui les emmena \u00e0 Catane (Sicile). De l\u00e0, Amadou fut transf\u00e9r\u00e9 dans un grand centre de r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e8s de Bologne, mais ne fut apparemment pas enregistr\u00e9 comme r\u00e9fugi\u00e9. D\u2019ailleurs, personne ne s\u2019occupa de lui en Italie. Il re\u00e7ut bien de la nourriture et put dormir dans le centre. Mais lorsqu\u2019il tomba malade, il ne fut pas soign\u00e9 et ne re\u00e7ut pas de m\u00e9dicaments. Il dit et r\u00e9p\u00e9ta qu\u2019il voulait retourner en Guin\u00e9e, mais personne ne l\u2019aida. Amadou resta en Italie pendant presque deux ans.<\/p>\n<p>Enfin, lorsqu\u2019Amadou dut quitter le centre d\u2019asile pr\u00e8s de Bologne, parce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9fugi\u00e9 et que les h\u00e9bergements suffisaient \u00e0 peine pour ces derniers, Amadou et d\u2019autres jeunes hommes d\u2019Afrique occidentale se mirent en route vers le nord. Une nouvelle fois, il esp\u00e9ra que la situation serait meilleure dans le nord. Enfin, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2019, il fut contr\u00f4l\u00e9 par des douaniers suisses et arr\u00eat\u00e9. Cette fois-ci, l\u2019exp\u00e9rience l\u2019avait rendu plus prudent, il fit une demande d\u2019asile et fut envoy\u00e9 au Centre f\u00e9d\u00e9ral pour requ\u00e9rants d\u2019asile de Boudry. Entre-temps, Amadou avait 20 ans et perdu la conviction que tout serait meilleur dans le nord.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me jour de son s\u00e9jour \u00e0 Boudry, Amadou se rendit au bureau du conseiller au retour de l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui, au sein des centres f\u00e9d\u00e9raux d\u2019asile, offre des conseils aux requ\u00e9rants souhaitant retourner dans leur pays. Le conseiller en vue du retour lui indiqua quelles possibilit\u00e9s il avait pour soutenir son retour en Guin\u00e9e et sa r\u00e9int\u00e9gration dans ce pays. S\u2019il se d\u00e9cidait rapidement pour le retour, on lui paierait un billet d\u2019avion et 1000 francs en liquide. Par ailleurs, Amadou d\u00e9veloppa un projet de r\u00e9int\u00e9gration avec le conseil-ler de l\u2019OIM pour son retour en Guin\u00e9e. Apr\u00e8s son retour en Guin\u00e9e, Amadou montera un petit commerce pour la vente de v\u00eatements, comme sa m\u00e8re, et sa m\u00e8re le conseillera. Apr\u00e8s son retour, l\u2019OIM enverra Amadou suivre une formation d\u2019une semaine \u00e0 Conakry, au cours de laquelle on lui apprendra les principes de base d\u2019une activit\u00e9 com-merciale ind\u00e9pendante. Ensuite, il pourra compter sur du mat\u00e9riel d\u2019une valeur de 3000 francs pour d\u00e9marrer son activit\u00e9. Avec cet argent, il veut louer et installer un petit commerce dans son lieu d\u2019origine, pr\u00e8s du commerce de sa m\u00e8re\u2009; il veut acheter des miroirs et, bien s\u00fbr, des v\u00eatements pour lancer son magasin.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un long voyage, souvent tr\u00e8s \u00e9prouvant vers le nord, il pourra enfin retourner dans sa famille. La Suisse l\u2019a tr\u00e8s bien trait\u00e9, lui a aussi prodigu\u00e9 des soins m\u00e9dicaux quand il en avait besoin, et lui permet maintenant de retourner dans sa famille en Guin\u00e9e dans de bonnes conditions. Amadou en est reconnaissant. Aujourd\u2019hui, il est convaincu que le meilleur endroit est chez lui, dans le sud de la Guin\u00e9e, et que ses r\u00eaves s\u2019y r\u00e9aliseront.<\/p>\n<table style=\"height: 43px;\" width=\"17\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"text-align: center;\">\n<h6><em><strong>\u00a0<\/strong><\/em><\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains migrants ne sont autoris\u00e9s \u00e0 rester en Suisse ni comme r\u00e9fugi\u00e9s, ni comme personnes admises \u00e0 titre provisoire et doivent donc quitter le pays. \u00c0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e internationale des migrants, la Commission f\u00e9d\u00e9rale des migrations publie un rapport et des recommandations concernant les personnes qui sortent du syst\u00e8me d\u2019asile. Le rapport de la CFM fournit des indications sur les profils de ces personnes, la mani\u00e8re dont elles vivent apr\u00e8s \u00eatre sorties du syst\u00e8me d\u2019asile, les voies sur lesquelles elles s\u2019engagent et les perspectives qu\u2019elles sont \u00e0 m\u00eame de d\u00e9velopper. En outre, six portraits donnent \u00ab un visage \u00bb aux int\u00e9ress\u00e9s. La CFM a formul\u00e9 des recommandations en se basant sur l\u2019\u00e9tude de l\u2019entreprise KEK-Beratung.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":339022,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1171,1170],"tags":[],"vendi":[],"content_country":[],"class_list":["post-339014","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-thematique","category-vivre-en-suisse"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/339014","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=339014"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/339014\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/339022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=339014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=339014"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=339014"},{"taxonomy":"vendi","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/vendi?post=339014"},{"taxonomy":"content_country","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.albinfo.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/content_country?post=339014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}