Brèves

« Renforcer ensemble nos valeurs communes »

Nicosie, 19.05.2017 - Discours du Conseiller fédéral Didier Burkhalter à l’occasion de la 127e session ministérielle du Conseil de l’Europe - Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs,

Un jeune qui fête ses 18 ans cette année, s’il vit dans un Etat membre du Conseil de l’Europe, a vécu toute sa vie dans une région qui n’a connu aucune exécution capitale.

Nos pays ont tous abandonné cette pratique. C’est une valeur forte que nous avons en partage, une avancée pour la dignité humaine dont nous pouvons être fiers. La Suisse appelle les Etats membres et le Conseil de l’Europe à continuer de s’engager pour préserver cet acquis et encourager d’autres pays du monde à progresser en ce sens.

La lutte contre la peine de mort est une priorité de la Suisse en matière de droits de l’homme et c’est un domaine qui illustre bien les valeurs du Conseil de l’Europe.

Monsieur le Président,

Je félicite la République de Chypre pour sa présidence et vous remercie pour votre accueil : cette réunion de Nicosie arrive à un moment important de l’existence du Conseil de l’Europe.

Cette organisation a été fondée pour renforcer le droit, les libertés et la démocratie sur notre continent qui sortait, ravagé, de deux guerres mondiales. Avec la Convention et la Cour européenne des droits de l’homme, le Conseil de l’Europe a mis sur pied un système développé de protection qui respecte la souveraineté des Etats, par la subsidiarité, mais ancre au niveau continental la protection des libertés et droits fondamentaux. Car il est des droits qui ne doivent pas pouvoir être remis en cause par d’éventuelles décisions arbitraires, quel que soit le pays dans lequel une personne se trouve.

Le Secrétaire Général nous a lancé un appel pour que nous, représentants des Etats, défendions ces valeurs communes – parfois mises à mal. Son rapport le montre : dans un monde plus incertain, plusieurs domaines au cœur du mandat du Conseil ont connu une régression en 2016 : atteintes à la liberté d’expression, de réunion et d’association ou mesures limitant l’indépendance et l’efficacité des systèmes judiciaires.

Ces derniers mois, la situation en Turquie a demandé une attention particulière. La Suisse reconnaît la situation difficile de ce pays au moment de la dramatique tentative de coup d’Etat contre des autorités démocratiquement élues. Nous soutenons la voie du dialogue et de la coopération constructive entre le Conseil de l’Europe et la Turquie – nous menons nous-mêmes un dialogue bilatéral direct et régulier. La Suisse est convaincue que le dialogue est le meilleur moyen d’avancer ensemble, dans le respect mutuel, vers des améliorations tangibles.

La Suisse encourage la Turquie à poursuivre sur le chemin qu’elle avait elle-même tracé dans ces dernières années: un chemin qui était pavé des valeurs de démocratie, d’état de droit et de droits de l’homme ; un chemin qui nous a rapproché et qui devrait continuer à le faire.

Monsieur le Président,

Aujourd’hui il ne s’agit pas de réinventer ou développer le Conseil de l’Europe. Nous devons veiller à ce que les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme soient prises dans des délais raisonnables et à ce qu’elles soient appliquées. Un nouvel afflux du nombre de cas en 2016 – suite à deux ans de baisse – met en lumière le défi qui nous reste: consolider les réformes initiées lors de la Conférence d’Interlaken qui ont contribué à rendre plus efficace le contrôle de l’application des arrêts de la Cour. La Suisse invite toutes les parties à ratifier le Protocole n° 15, qui inscrit le principe de subsidiarité dans le préambule de la Convention et rend plus stricts les critères de recevabilité, afin qu’il entre prochainement en vigueur.

Certains habitants de nos pays ne peuvent par ailleurs pas bénéficier de ce système de protection des droits de l’homme. Je pense à la situation en Crimée et aux zones de conflits gelés. Nous devons tous nous engager pour trouver des solutions.

Le Conseil de l’Europe doit aussi être irréprochable pour rester crédible auprès des 800 millions d’habitants de nos pays et jouer pleinement son rôle. Il doit enquêter sans concession et lutter avec force contre tout soupçon de corruption ou de favoritisme.

Monsieur le Président,

Pour terminer : la situation dans cette région du Proche-Orient , dans laquelle nous nous trouvons, en termes de sécurité et de migration, nous oblige tous.

La Suisse salue les efforts du Conseil de l’Europe pour améliorer la protection des enfants réfugiés et migrants, afin de protéger les plus vulnérables, non seulement dans les régions en conflit, qui accueillent l’immense majorité des réfugiés, mais aussi sur le continent européen.

L’aide sur place aussi est essentielle : je visiterai cet après-midi le camp d’Azraq en Jordanie qui accueille 35’000 réfugiés syriens. La Suisse s’y engage pour l’amélioration des conditions de vie, notamment en permettant un accès direct à l’eau potable. En Jordanie, mon pays s’engage aussi pour appuyer la population locale, fortement mise à contribution, en soutenant le système de santé et les écoles du pays. C’est notre devoir et notre intérêt à tous de nous engager en Europe et sur place pour des solutions guidées par la raison et l’humanité.

La Suisse souhaite plein succès à la République tchèque pour sa présidence du Conseil de l’Europe qui débute.

Je vous remercie de votre attention.