Opinion
Sazan et Zvërnec : quand le peuple dit « assez » — L’Albanie vivra, et nous nous battrons pour elle
« L’Albanie n’est pas à vendre » est devenue le slogan d’une révolte citoyenne qui prend de l’ampleur, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Au cœur de cette mobilisation se trouve le projet Sazan-Zvërnec, mais les inquiétudes qu’il suscite dépassent largement le cadre d’une simple décision administrative ou économique. Elles touchent à la relation entre l’État et ses citoyens, au rapport avec le patrimoine national ainsi qu’à la protection des richesses naturelles et historiques de l’Albanie.
La manifestation de la diaspora albanaise à Genève s’inscrit dans cet éveil citoyen. Elle vise à exercer une pression morale et politique sur les décideurs à Tirana tout en attirant l’attention de l’opinion publique internationale. Genève revêt à cet égard une importance symbolique particulière : la présence des Nations Unies, des organisations internationales, des conventions et des agences multilatérales engagées dans la protection de l’environnement, du patrimoine et des droits fondamentaux confère à cette mobilisation une résonance bien au-delà des frontières albanaises.
Cette mobilisation témoigne du fait que l’inquiétude pour l’avenir de l’Albanie ne connaît pas de frontières. Étudiants, jeunes et citoyens albanais se sont rassemblés autour d’un même appel à la responsabilité publique, à la dignité et à la préservation du patrimoine national. Les manifestations entrent aujourd’hui dans leur onzième jour et se sont déjà étendues à vingt-deux pays à travers le monde.
Au cœur de ce mouvement en Albanie se trouve la jeunesse : lycéens, étudiants, toute une génération qui se lève pour dire « non » à l’émigration forcée. L’émigration demeure l’une des blessures les plus profondes de l’Albanie depuis les années 1990. Personne ne quitte de gaieté de cœur sa terre natale, sa famille, sa langue et les siens. C’est pourquoi la participation de la diaspora, qui connaît et a vécu cette douleur, revêt une signification symbolique et historique particulière.
Le message de la jeune génération est clair : quitter l’Albanie ne doit pas être un destin imposé par la mauvaise gouvernance. Les jeunes réclament des conditions de vie dignes dans leur propre pays. L’Albanie continue de perdre ses forces vives ; l’exode ne s’est pas arrêté, le pays se dépeuple et la nation est confrontée à un risque existentiel.
Le décalage entre la classe politique albanaise et la réalité est tel qu’elle ne perçoit plus l’extraordinaire évolution sociale et politique de notre peuple. Ceux qui gouvernent sont restés figés dans les années 1990, tandis que la nation a avancé de trente années.
Les décisions concernant Zvërnec et Sazan sont perçues par de nombreux citoyens comme le signe d’un profond manque de sensibilité à l’égard du patrimoine national, de l’histoire, de la culture et de la nature albanaises. Elles ne sont pas considérées comme des cas isolés, mais comme l’expression d’une continuité dans le mépris de l’intérêt public. C’est précisément pour cette raison que, dans le langage de la contestation, elles sont qualifiées d’actes contraires aux intérêts nationaux et de trahison envers la nation.
La mobilisation provoquée par le projet Sazan-Zvërnec représente l’explosion d’une colère contenue depuis des années. Elle ne concerne pas uniquement un projet particulier, mais traduit un sentiment beaucoup plus profond d’injustice, d’abandon et de mépris que de nombreux Albanais ressentent depuis longtemps.
Même si les enjeux environnementaux demeurent urgents et fondamentaux, cette mobilisation les dépasse désormais. Elle est devenue une question politique et morale : le refus de l’arrogance du pouvoir, du mépris à l’égard du souverain qu’est le peuple, et du traitement des terres albanaises comme des espaces sans mémoire, sans histoire et sans propriétaires légitimes.
La pression citoyenne exercée sur le gouvernement, ainsi qu’indirectement sur les investisseurs, peut produire des effets concrets. Les investisseurs ne défendent pas seulement des intérêts économiques, mais également des intérêts politiques et réputationnels. Dans ce contexte, la récente réaction de l’Union européenne, telle que rapportée par Politico.eu le 7 juin, avertissant que ce projet pourrait compromettre le respect des exigences du chapitre 27 relatives au processus d’adhésion à l’Union européenne, constitue un signal important.
À la suite des manifestations déjà organisées et des premières réactions internationales, il semble qu’un seuil significatif de mobilisation citoyenne ait été franchi. Dans les circonstances actuelles, la poursuite du projet apparaît de plus en plus difficile à justifier, tant sur le plan politique que moral. Néanmoins, la résistance citoyenne devrait se poursuivre, en solidarité avec les manifestants de Tirana et en cohérence avec les initiatives menées en Albanie. La stratégie de Genève et de la diaspora doit rester étroitement liée à la voix des citoyens du pays.
Cette mobilisation n’est pas une négociation. C’est un appel à être entendu. Le peuple s’exprime avec force et la classe politique doit trouver la capacité de comprendre ce message. Aucune décision ne peut être moralement légitime lorsqu’elle va à l’encontre de la volonté des citoyens et de la protection du patrimoine national.
La révolte qui se manifeste aujourd’hui est un cri pour la dignité. Elle est un éveil citoyen, une prise de conscience collective et un appel à la responsabilité. L’Albanie n’est pas à vendre.
Les prochaines manifestations auront lieu :
• À Genève, le 11 juin 2026 à 18h00, sur la Place des Nations, devant le siège de l’ONU.
• À Berne, le 13 juin 2026 à 16h00, devant l’Ambassade de la République d’Albanie en Suisse.
Toutes les personnes souhaitant participer à cette mobilisation citoyenne peuvent prendre contact via LinkedIn, Twitter/X ou Facebook.
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Les opinions exprimées par l’auteure n’engagent pas nécessairement la rédaction.
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