Intégration

La Suisse excelle dans la formation professionnelle, mais ne valorise pas suffisamment le potentiel des migrants

Albinfo.ch a organisé il y a quelques jours à Berne une conférence sur le potentiel des migrants dans l’enseignement professionnel. Cette table ronde organisée à l’occasion du cinquième anniversaire de la plate- forme albinfo.ch a mis en évidence une dynamique différente sur la perception du potentiel des migrants dans le pays. Les panélistes invités ont débattu sur deux sujets importants : le potentiel des migrants et la formation professionnelle.

Les panélistes suivants participaient au débat : le professeur Walter Leimgruber, président de la Commission fédérale pour les migrations (EKM), Jean- Pascal Lüthi, chef du Département de la Fondation pour l’éducation et la maturité et du Secrétariat de l’éducation, de la recherche et de l’innovation (SBFI), Amali Zurkirchen, membre de l’Association du commerce, Claudio Bolzma, professeur à l’HES-SO de Genève. Les panélistes ont débattu des pratiques du monde du travail, du potentiel des migrants et des offres de formation professionnelle proposées par l’État helvétique. Ils ont aussi illustré leurs propos en citant certains cas concrets.

La combinaison entre le potentiel du migrant et une école professionnelle Suisse a été mise en lumière au travers du parcours de M. Leonis Tafaj, devenu directeur de la société horlogère suisse Efteor SA, qui a aussi participé au débat.

Le groupe d’immigrants des Balkans est sur ​​la bonne voie en ce qui concerne l’intégration à la société suisse. Mais la voie de l’intégration réussie n’est pas la même pour tous les migrants. Pour les Italiens, il a été expliqué que la barrière de la langue représentait le plus grand défi à relever pour s’intégrer. Le groupe des Balkans, mis à part la barrière de la langue, a été également confronté à certaines différences culturelles. Pour ce qui est des migrants en provenance d’Érythrée, qui ne connaissent pas notre culture, l’adaptation est plus longue.

Pour le Professeur Walter Leimgruber, président de la Commission fédérale pour les migrations (CFM), il est important de relever que le potentiel humain ne peut pas se limiter uniquement au monde du travail ; il a cité Max Frisch, qui dit : « Nous avons cherché des travailleurs, mais nous avons trouvé des êtres humains ».

« Nous avons réuni des gens parce que nous avions besoin d’eux, pour notre économie, nous avons exploité leur potentiel », a ajouté le Prof. Leimgruber, soulignant le besoin du pays en main-d’œuvre. « Dans les années à venir, nous aurons des dizaines de milliers de retraités et moins de jeunes entreront sur le marché du travail. Cela nous met face à un énorme défi auquel une réponse facile serait l’augmentation de la migration. Mais nous savons tous que, politiquement, cela n’est pas facile à réaliser ».

Le Professeur Leimgruber a dit être favorable à une formation supplémentaire pour les enfants de la migration, tout comme Amali Zurkirchen. Selon elle, cette approche permettrait de créer un contact plus facile avec les parents d’enfants dans une langue qu’ils comprennent. Un rôle important peut être joué par les associations de migrants, a-t-elle dit dans le débat bilingue français et allemand, auquel participaient des représentants de l’ambassade du Kosovo, le ministre de la Diaspora Valon Murati et d’autres personnalités publiques de la vie sociale et culturelle Suisse.

Amali Zurkirchen a déclaré que pour ce qui est des personnes diplômées venues de l’étranger, identifier leur potentiel est généralement relativement aisé. Mais l’arrivée de personnes sans diplôme nécessite plus de travail et plus d’engagement pour identifier ce potentiel.

Le système de formation professionnelle qu’applique la Suisse est différent de celui qui prévaut en Italie et dans les autres pays. À travers la formation professionnelle, les migrants ont de bien meilleures chances sur le marché du travail et la Suisse a été classée leader des opportunités pour se former professionnellement. L’Intégration rapide des étrangers en Suisse est étroitement liée à leur pays d’origine, le niveau de formation dans les écoles qu’ils ont fréquentées et les similitudes culturelles.

Bolzman: Les employeurs sont rarement au courant des ressources et compétences professionnelles des migrants

Concernant le potentiel des migrants, cela devient intéressant seulement à partir du moment où la société d’accueil les reconnaît comme une ressource exploitable. Il faut distinguer les migrants qualifiés qui arrivent avec un contrat de travail de ceux qui arrivent pour d’autres motifs (mariage, asile politique ou économique, etc.). On peut aisément affirmer que les compétences sont généralement bien valorisées chez les migrants arrivant en Suisse avec un contrat de travail. Alors que c’est tout le contraire pour les migrants qualifiés qui arrivent pour d’autres raisons. En effet, ces derniers sont majoritairement négligés, et rares sont les cas où leurs compétences professionnelles sont exploitées par le pays d’accueil. D’après M. Bolzman, la moitié des migrants qualifiés font partie de la deuxième catégorie. Il s’agit d’un réel gaspillage de cerveaux. À cela il faut ajouter le cas des étudiants étranger que l’on forme et à qui on ne donne que six mois pour trouver un emploi, faute de quoi ils doivent quitter le pays. La Suisse forme des personnes et ce sont les autres pays européens qui profitent de leurs compétences. Encore une fois, cela constitue une grande perte.

Du côté des employeurs, l’on constate qu’il y a un déficit en matière d’information. Ces derniers sont rarement au courant des ressources et compétences professionnelles des migrants. Ils n’ont pas conscience du potentiel de la force de travail qualifiée qui existe en Suisse.

Afin d’optimiser au maximum l’exploitation de ce potentiel professionnel des migrants, les institutions doivent fournir un réel effort en matière d’informations auprès des migrants, notamment les parents des jeunes, ainsi qu’un effort de mise en place de procédures d’équivalence grâce à des passerelles, et des formations transitoires.

Lüthi : il y a encore beaucoup de potentiel inexploité

Jean -Pascal Lüthi, représentant de la formation professionnelle du Secrétariat d’État, recherche et innovation (SEFRI) a souligné qu’il y a un réel désir de renforcer le lycée professionnel. Selon M. Lüthi, il y a encore beaucoup de potentiel inexploité. En outre, il est clair que le modèle du gymnase classique est un modèle en chute. Des travaux de recherche sont en cours, elles sont axées sur la création de nouveaux modèles de formation.

En ce sens, un vrai travail est sur ​​le point d’être créé pour améliorer les réseaux d’information et de communication. Plusieurs projets ou programmes sur l’apprentissage, la volonté de renforcer l’orientation professionnelle, ainsi que des projets d’intégration tels que « Match Prof » sont en cours de développement, des informations complémentaires à ce sujet peuvent être trouvés sur le site du SEFRI. Ces différents points font partie d’un même tout : l’amélioration et le renforcement de la formation et de l’intégration. En d’autres termes, l’objectif est de mieux intégrer les jeunes dans la formation.

Le directeur de la société de montres de luxe Efteor : « Le potentiel, soit vous l’avez soit vous ne l’avez pas ».

La modératrice de la conférence, la journaliste de la Radiotélévision Suisse (RTS), Anne Fournier, a présenté l’expérience de l’homme d’affaires albanais qui a suivi la voie de l’enseignement professionnel. Leonis Tafaj a parlé des nombreuses opportunités offertes par la formation professionnelle en Suisse, à partir d’une occupation courante jusqu’aux plus hauts niveaux de l’enseignement. M. Tafaj, grâce à son éducation, s’est progressivement fait un nom dans l’industrie suisse horlogère. L’Albanais qui est devenu directeur de la firme Efteor SA, a relaté l’histoire de son succès par la voie de l’éducation.

Il avait une opinion différente des autres panélistes sur le terme potentiel. « Le potentiel, soit tu l’as soit tu ne l’as pas ». Pour parler du terme potentiel, il a fait une comparaison entre la Suisse et la Syrie ou l’Irak. « Nous avons une technologie hautement développée, mais nous avons encore besoin de main-d’œuvre. Les réfugiés de Syrie et d’Irak ont un grand potentiel dans l’artisanat ».

 


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