E-Diaspora

La déshumanisation

Je ne cesse de penser à ces attaques aveugles de ce vendredi soir et qui ont soudainement volé la vie à des dizaines de personnes innocentes à Paris. Un sentiment d’injustice et de révolte m’accapare car arbitrairement, des destins entiers ont été saccagés, des rêves de familles entières ont été brisés, par la simple gâchette de fanatiques. Ces actes nous touchent de plein fouet car nous-mêmes, ou nos proches, aurions pu aussi être parmi les victimes, compte tenu du fait que nous sommes nombreux à nous rendre dans cette ville lumière. Je n’arrête pas non plus de penser à ce phénomène de sévices extrêmes et de mise à mort ignobles que ces mêmes esprits ténébreux commettent, depuis des mois et des années, dans le monde arabo-musulman, sur des innocents, sur des femmes, sur des enfants et minorités en tout genre, notamment religieuses, de genre ou sexuelles. Face à l’ampleur de cette horreur, le sentiment d’impunité nous accable.

La question que je me suis toujours posée, que ce soit par rapport à des épisodes sombres de notre histoire ou par rapport à la violence présente qui émaille notre quotidien, est de savoir comment est-il possible que des êtres humains soient aussi indifférents à la vie d’autrui, peu importe la cause idéologique, politique ou dite religieuse qu’ils défendent. Même s’il s’agit de bourreaux impitoyables, ressentent-ils au moins une bribe d’humanité face à leurs victimes qui sont des humains ? Qu’est ce qui fait qu’une personne puisse être à la fois sensible, affectueuse et bienveillante avec ses proches et son entourage, et à la fois verser dans l’inhumanité et la cruauté ?

Les réponses à ces questions ne sont pas simples, mais la violence à laquelle nous assistons démontre que la lisière entre les deux mondes est fine, et que les méthodes de violence extrême envers ses semblables passent par une phase de déshumanisation de l’Autre. Les architectes de ce décervelage de candidats au jihad ont visiblement bien compris la nature vulnérable de la psyché humaine. Ils la manipulent par une mécanique d’endoctrinement qui est froidement conçue, dans le but d’atteindre un objectif politique sinistre. Ils coupent notamment des jeunes de leurs racines et les emprisonnent progressivement dans un cadre idéologique, enveloppé d’un sentiment de vengeance et de menace, pour les transformer en exécuteurs monstrueux.

Revenir à des valeurs de base, notamment celle du respect de la vie humaine, nécessite un travail de fond. Remettre la vie humaine au centre, via un investissement tous azimuts, pour renouer ce lien rompu par ce processus de déshumanisation, doit rester une priorité. Ce travail-là doit commencer par sortir de cette bulle d’isolement les jeunes recrues, ou en voie de conscription, parmi les rangs des mouvances politico-religieuses ultra-extrémistes. En tant que sociétés démocratiques, nous avons cette capacité-là, en parallèle aux autres moyens qui désormais s’imposent, pour enrayer les racines de ce mal et de cette spirale déshumanisante.

Dr Bashkim Iseni


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