Opinion

Changer le monde

Bashkim Iseni, le fondateur d’Albinfo.ch, salue la solidarité qui se manifeste en faveur des victimes de la guerre en Ukraine.

L’élan de solidarité inédit des gouvernements et de la population occidentale avec les réfugiés ukrainiens, fuyant la guerre, la violence et les bombardements de l’armée russe, est un signe encourageant pour l’avenir de nos sociétés car il est annonciateur de la création de dynamiques humaines nouvelles.

De fait, en raison de contextes géopolitiques internationaux peu sécurisants qui ont prévalu des deux dernières décennies, les opinions publiques étaient devenues de plus en plus imperméables à la condition humaine ailleurs dans le monde et sur le rôle qu’on pourrait jouer pour adoucir les souffrances, voire contribuer à améliorer la situation par le changement.

Certes, l’opinion publique n’existe pas, nous dirait le grand sociologue français Pierre Bourdieu. Oui, elle est socialement et politiquement construite, mais tant mieux dirais-je, quand celle-ci rappelle certaines priorités et met la vie humaine au centre de nos préoccupations.

Autrement dit, les voix critiques qui reprochent une attitude politico-médiatique et d’accueil occidentale de deux poids deux mesures, suite à la catastrophe humanitaire en Ukraine, ont tort de s’arrêter là. Même s’il est vrai que, par exemple, il y a à peine quelques semaines, les autorités polonaises – pays membre de l’UE – chassaient avec véhémence les réfugiés venus d’autres horizons du monde et qui étaient tassés à la frontière avec la Biélorussie.

La solidarité et la prise en charge des victimes de la guerre en Ukraine constituent une avancée notoire pour l’humanité car elles sont porteuses d’espoir, comme l’ont été d’autres pages de notre histoire marquées par l’ouverture et l’accueil envers des exilés de crises politiques majeures en Europe ou ailleurs: Hongrie, Chili, Cambodge ou ex-Yougoslavie. Ces exemples sont des précédents sur lesquels on pourra s’accrocher vis-à-vis d’autres crises à venir, résultant de guerres, mais aussi d’inégalités et d’exclusions dans le monde.

Les valeurs humaines

En fait, même si on peut paraître naïf et moralisateur, cette brèche d’ouverture, cette volonté naturelle de partager et d’accueillir chez soi, dans son intimité personnelle et familiale, des personnes étrangères et inconnues qui sont en détresse ou qui ont tout perdu, rappellent les valeurs européennes et, par-dessus tout, les valeurs humaines et celles en particulier du respect, de la considération, de l’accueil, de l’empathie, de l’amour, bref celles qui se réfèrent à la vie et à l’être humain. Elles sont fondées sur notre capacité de nous identifier à des gens qui traversent une période de grande détresse et notre empathie à leur égard témoigne des valeurs qui sont nécessaires au vivre-ensemble et à la paix.

Toutefois, pour éviter tout sentiment d’injustice ou d’inégalité de traitement, voire de sentiment de racisme, un cadre d’explicatif cohérent doit accompagner ces mesures favorables aux victimes civiles de la guerre en Ukraine, tout en veillant à encourager un élan affectif et d’accueil positif vis-à-vis des victimes qui viennent d’ailleurs, et qui souffrent tout autant.

Je conclurai en empruntant une phrase de l’emblématique maire de Palerme, Leoluca Orlando: «On m’a toujours dit que si tu te comportes comme si le monde avait changé, tu commences à le changer.»

Bashkim Iseni, le fondateur d’Albinfo.ch

Opinion publiée dans le quotidien Suisse romand « 24 Heures »


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