Albanais d’origine, au service de la justice suisse

Elle fait rayonner l’Albanie

Assurément courageuse, Filloreta Kodra, ambassadrice de l’Albanie auprès de l’ONU depuis 2012, n’a pas froid aux yeux. Cette dynamique diplomate a propulsé son pays sur le devant de la scène internationale en devenant l’an dernier membre du Conseil des droits de l’homme (CDH) et en accédant directement à la vice-présidence. Une position importante pour une petite nation, peu visible et souvent mal connue. Mais l’engagement diplomatique de cette ancienne vice-ministre du Travail, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances en Albanie ne s’arrête pas là.

L’ambassadrice n’a pas hésité à désolidariser récemment l’Albanie de certaines positions radicales au sein du CDH, afin de soutenir des résolutions féministes et de défense des minorités. «Notre pays est multiculturel et résolument tourné vers l’Europe, assure cette femme discrète, dont les yeux brun noir trahissent une volonté de fer. On ne peut pas accepter des amendements contraires aux libertés et aux valeurs que nous défendons à Tirana.»

Tournée vers l’Europe

Parmi les prises de position contestées par les conservateurs, la nomination sensible d’un expert indépendant pour combattre les violences et discriminations basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre à travers le monde. «Toutes les minorités doivent avoir les mêmes droits et libertés, insiste-t-elle. Au même titre que l’on ne peut accepter qu’un homme batte sa femme, ou qu’un individu soit persécuté en raison de ses idées, de son sexe, de sa religion ou de sa couleur de peau.»

Sa ténacité a permis l’acceptation de plusieurs résolutions importantes au CDH, en juin dernier. Mais le succès a son revers. Depuis le début de l’été, des membres de la mission sont la cible de menaces insidieuses, à Genève et dans les médias albanais. «Il y aura toujours des rétrogrades pour contester les prises de position de l’Albanie, tempère la diplomate. Mais la très grande majorité de notre population est tournée vers l’Occident. L’Union européenne et les Etats-Unis sont d’ailleurs nos principaux partenaires stratégiques.»

Depuis son arrivée à Genève, Filloreta Kodra et sa petite délégation sont impliquées dans d’autres organisations internationales, comme l’OMS, le BIT ou à la Conférence des Etats engagés contre les mines antipersonnel. «Nous serons coordinateurs des pays de l’Europe de l’Est au CDH de septembre à décembre et je suis membre de l’Initiative Gender Champions Genève. Nous tenons beaucoup au principe d’égalité des sexes et des chances. Les Albanaises ont accès aux mêmes postes à responsabilités depuis longtemps.»

Enfance sous le communisme

A 14 ans, l’adolescente de Vlora, ville côtière du sud du pays, se rêve déjà diplomate. «Mon père voulait que je sois docteur, se souvient-elle en riant, mais moi je voulais voir le monde. On vivait dans un pays communiste, sous un régime très strict.» Son père travaille dans l’administration d’Etat. Sa mère lui inculque une certaine idée de la démocratie et des droits humains. «Elle était militante dans des mouvements féministes et a participé à l’émancipation des femmes.»

Après une licence en écomie politique à Tirana, la jeune femme participe à la création du premier Comité national tripartite du travail en 1995. «Il n’y avait aucune réglementation des relations de travail sous l’ancien régime.» Après un passage à Harvard et à l’institut Adam Smith à Londres, Filloreta Kodra s’impose dans la diplomatie albanaise. En 2003, elle est nommée conseillère à la mission de Genève pour un an. De retour à Tirana elle s’implique dans les réformes institutionnelles et dans la lutte contre la corruption. Avant de revenir à Genève en 2012. Sereine, elle se réjouit de démarrer la 3e session 2016 du CDH, le 13 septembre.

Article publié sur la Tribune de Genève