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La Crimée n’est pas le Kosovo, n’en déplaise à Vladimir Poutine
L’indépendance du Kosovo n’a pas été menée au pas de charge par une puissance étrangère soucieuse d’agrandir son territoire.
a Crimée n’est pas le Kosovo, quoi qu’en dise Vladimir Poutine pour justifier l’annexion de la péninsule. Il avait déjà invoqué le précédent de l’ancienne province de Serbie pour justifier en 2008 la guerre en Géorgie et la sécession de deux régions de ce pays, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud.
De même que les Kosovars se sont séparés d’un Etat souverain à la suite d’une intervention armée, le «peuple de Crimée» aurait le droit de faire sécession de l’Ukraine, si telle est sa volonté. Autrement dit, la Russie, qui ne reconnaissait pas au début de la crise avoir envoyé des soldats dans la péninsule en dehors de ceux stationnés dans les bases navales, agirait comme les Occidentaux dans l’ex-Yougoslavie. Cet argument est parfois repris, en Europe, par les défenseurs de la politique russe, qui se recrutent dans toutes les familles politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Malheureusement pour ces derniers, la comparaison ne tient pas.
Elle fait en effet bon marché des différences entre la situation de la fin des années 1990 dans les Balkans et l’Ukraine d’aujourd’hui. D’une part, la Russie s’est déclarée en 1994 garante de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine en même temps que les Etats-Unis (en vertu du Mémorandum de Budapest). Cette garantie a été renouvelée dans le traité d’amitié et de coopération entre Moscou et Kiev en 1997.
D’autre part, la Crimée était occupée depuis le mois de février par des forces qui ne portaient pas d’insignes distinctives mais que tout le monde savait être russes. Le référendum a été organisé dans la précipitation, en moins de trois semaines. Sa date a été avancée à trois reprises –du 25 mai au 30 puis au 16 mars– pour créer le fait accompli. Lors du vote, des fraudes ont été constatées. Un exemple: à Simféropol la participation a atteint 123%!
Des heures passées à tenter de convaincre Milosevic
L’indépendance du Kosovo n’a pas été menée au pas de charge par une puissance étrangère soucieuse d’agrandir son territoire. Elle est le dernier maillon de l’éclatement de la Yougoslavie qui s’est étalé sur plus de dix ans et dont la cause immédiate était la volonté de Slobodan Milosevic de réunir les Serbes dans une «Grande Serbie».
Dès 1989, le chef de la Serbie avait accru la pression sur la population d’origine albanaise du Kosovo en se livrant à un véritable nettoyage ethnique, en représailles aux actions de l’UCK, l’Armée de libération du Kosovo. Rien de tel en Crimée, où la situation est restée calme pendant que la place Maïdan de Kiev était en ébullition. Les désordres ont commencé quand les forces russes sont sorties de leurs bases.
Au Kosovo, les mises en garde de la communauté internationale, y compris de la Russie alors dirigée par Boris Eltsine, se sont multipliées à l’égard de Milosevic. Plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’approbation ou en tous cas l’abstention de Moscou, menaçaient du recours à la force si Belgrade ne retirait pas ses troupes de la province, en particulier à la fin de 1998.
Il n’y a pas eu en effet, comme le dit aujourd’hui le Kremlin, d’autorisation formelle du Conseil de sécurité pour les bombardements de l’Otan sur la Serbie. Mais la menace de cette intervention était contenue dans plusieurs résolutions de l’ONU et plusieurs séries de négociations diplomatiques avaient eu lieu pour tenter de résoudre le conflit par le dialogue.
Le représentant spécial du président Bill Clinton, Richard Holbrooke, ainsi que l’envoyé de Boris Eltsine, l’ancien Premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine, avaient passé des heures à tenter de convaincre Milosevic d’accepter une large autonomie pour le Kosovo. En vain.
Un long processus
La guerre a duré trois mois, de mars à juin 1999, et s’est terminée par le vote à l’unanimité de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU. La 1244 reconnaissait l’intégrité territoriale de la Serbie et dotée le Kosovo d’un «statut intérimaire». Elle autorisait d’autre part le déploiement d’une force internationale. L’évolution de ce «statut intérimaire» a conduit à l’indépendance du Kosovo, scellée seulement à l’issue d’un long processus, émaillé aussi de nombreuses négociations, notamment sous l’égide de l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari, représentant spécial de l’ONU. A l’issue de sa mission, Martti Ahtisaari a conclu qu’une indépendance «sous surveillance internationale» était la seule solution.
Cette solution a été rejetée par Belgrade et par Moscou. Mais les Occidentaux n’ont pas essayé immédiatement de passer outre leurs objections. Un groupe de contact a été créé sous la direction d’un haut diplomate allemand, Wolfgang Ischinger, pour trouver un compromis acceptable par toutes les parties. Or cette tentative aussi a échoué, la Russie n’ayant jamais vraiment cherché à négocier.
L’indépendance du Kosovo n’a été proclamée qu’en 2008, soit près de dix ans après l’intervention contre la Serbie, et après que toutes les autres solutions ont été épuisées. Et c’est seulement en 2012 que le Kosovo a obtenu sa pleine souveraineté, reconnu par la Cour de La Haye comme conforme au droit international. Rien à voir avec la Blitzkrieg menée par Vladimir Poutine en Géorgie puis en Crimée.
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